PROCÈS SERENA : « LE BÉBÉ DU COFFRE » 

PROCÈS SERENA : « LE BÉBÉ DU COFFRE » 

L’avocat général avait requis huit ans de réclusion criminelle. Mais ce vendredi 16 novembre, la Cour d’assise de la Corrèze a rendu son verdict concernant Mme Da Cruz, elle est condamnée à 5 ans de prison dont 3 ans avec sursis. Pendant près de deux ans, elle avait caché aux yeux du monde son enfant, la petite Serena et l’avait dissimulé dans le coffre de sa voiture.

Focus sur ce procès qui fait tout de même froid dans le dos.

RAPPEL DES FAITS

Rosa-Maria Da Cruz est la maman de Serena, une petite fille née par un accouchement clandestin en 2011 à la suite d’un déni de grossesse. Elle a expliqué avoir accouché seule, ne sentant pas l’enfant bouger en elle jusqu’au huitième mois de grossesse.

La fillette a vécu les deux premières années de sa vie en partie dans le coffre de la voiture familiale. Elle a été découverte par deux garagistes en octobre 2013, gisant nue entre excréments et pourriture. Dieu sait combien de temps encore ce calvaire à peine croyable aurait continué si le hasard n’avait pas mis ces deux hommes sur la route de la fillette.

Aujourd’hui âgée de 7 ans, la petite Serena a été placée en famille d’accueil et souffre de lourdes séquelles, en effet, elle ne parle pas et souffre d’un déficit fonctionnel à 80% et d’un syndrome autistique irréversible.

UN PROCÈS EFFROYABLE

La Cour d’assises de Corrèze accueille, depuis le lundi 12 novembre 2018 à Tulle, le procès hors norme dit de « l’enfant du coffre ».

Tweet de Jean-Philippe Deniau en direct du procès

Jugée pour « violences suivies de mutilation et privation de soins vitaux ayant entrainés une infirmité permanente », Rosa-Maria Da Cruz se retrouve seule face aux magistrats et au jury populaire et doit maintenant expliquer ses actes, elle risque vingt ans de réclusion criminelle. Elle comparait seule puisqu’en effet son mari, mis en examen à l’origine, a bénéficié d’un non lieu, il s’est avéré qu’il ignorait l’existence de Serena tout comme leurs trois autres enfants, dont deux pour lesquels elle aurait également fait un déni de grossesse.

Cette maman au profil psychologique complexe a colporté des faits contradictoires, lors de ses auditions, elle déclarait avoir prénommée sa fille Serena, lui avoir parlé, l’avoir lavée et lui avoir montré des signes d’affection. Cette déclaration, relatant pourtant le comportement normal qu’une mère doit avoir à l’égard de son enfant, laisse place à la stupeur générale lorsqu’au troisième jour de son procès (le 14 novembre) elle déclare avoir menti : « Je ne m’en suis jamais occupée, je ne l’ai jamais tenue dans mes bras, je ne lui ai jamais fait de câlins, je ne l’ai nourrie qu’occasionnellement », des propos effroyables.

Selon ses proches, Madame Da Cruz est qualifiée de « quelqu’un de très bien » et de « mère aimante ». De surcroit, des éléments objectifs appuient l’idée qu’elle avait conscience d’avoir un enfant puisque les enquêteurs ont retrouvé des draps, des biberons, de la nourriture, etc, dans le coffre de sa voiture, cependant, l’expert psychiatre explique cette chosification de l’enfant au égard au déni qu’elle a vécu et à propos duquel elle déclare « ce n’était pas un bébé, c’était une chose » et « il fallait qu’elle soit en vie ».

Cette tourmente judiciaire s’est tenu aux assises de Tulle jusqu’au 16 novembre.

Les faits dégradants et inhumains qu’elle a fait subir à son enfant et qui lui sont reprochés ressortent-ils de la culpabilité et de la commission de l’infraction, ou d’une pathologie, d’un déni de grossesse ?

Pour Me Marie Grimaud, avocat de l’association Innocence en danger (en faveur de la défense des droits de l’enfant), partie civile dans le procès, il s’agit d’un « cas de maltraitance complète et absolue, d’une femme qui s’est enfermée dans un mensonge avec une expression de toute puissance ».


FOCUS : LE DÉNI DE GROSSESSE

Le déni de grossesse est le fait pour une femme d’être enceinte sans le reconnaître (ou le savoir) au-delà de 20 semaines, que ce soit dans une entreprise de dissimulation ou encore en étant tout à fait inconsciente. Le déni de grossesse est encore mal expliqué par la médecine gynécologique et psychiatrique.

En effet la femme ne présente que peu ou pas de symptômes pouvant témoigner d’une grossesse : pas d’aménorrhée, le fœtus se « cache » en position debout près de la colonne vertébrale ne laissant pas apparaitre un ventre arrondis, une prise de poids légère (alors que l’enfant à sa naissance peut avoir une taille normale), … Au jour où la femme a conscience d’être enceinte, son corps peut changer très rapidement et étonnement en véritable corps de femmes enceintes. On parle de déni partiel alors que celles qui découvrent être enceinte le jour de l’accouchement, souffre d’un déni total.

Il existe un débat médical sur le lien entre déni de grossesse et infanticide. En effet un déni de grossesse conduit parfois à un néonaticide, le meurtre commis par le parent sur un nouveau-né se référant alors à un la psychopathologie de la grossesse et de l’accouchement. De multiples affaires judicaires peuvent témoigner d’un éventuel lien entre déni de grossesse et néonaticide mais pas de données certaines selon le DSM (Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux).

L’infanticide est depuis 1994 puni de la réclusion criminelle à perpétuité selon l’article 221-4 du code pénal. Mais ici la mère de Serena a été « victime » d’un déni de grossesse mais elle n’a pas commis de geste mortifère sur cet enfant, les troubles psychologiques sont délicats …

Les experts psychiatriques se sont planché sur l’évaluation psychologique de Mme Da Cruz, qui a déjà subit un déni de grossesse pour son deuxième enfant, ayant accouché par surprise lors d’un diner de famille. Même chose pour sa troisième grossesse. Cependant pour sa quatrième grossesse « surprise », elle était seule, la nuit et décide alors de cacher l’enfant au yeux de tous. Ce déni de grossesse s’est transformé en déni d’enfant.


VERDICT : 5 ans de prison dont 3 avec sursis

L’avocat général avait requis huit ans de réclusion criminelle. Mais ce vendredi 16 novembre, la Cour d’assise de la Corrèze a rendu son verdict concernant Mme Cruz, elle est condamnée à 5 ans de prison dont 3 ans avec sursis.

Les derniers mots de l’accusée avant le délibéré ont été « Euh je … je voudrais demander pardon à Séréna pour tout le mal que je lui ai fait. Je me rends compte que je lui en ai fait beaucoup et que je ne reverrai plus jamais ma petite fille ». Twitter du journaliste Jean philippe Deniau.

Concernant l’autorité parentale, la cour à ordonner le retrait total de l’autorité parentale de Rosa-Maria Da Cruz sur Serena et de payer la somme de 19 000 euros au conseil départemental de Corrèze. Les avocates du conseil départemental avaient estimé que c’était la « seule solution pour que Serena puisse être adoptée et ne finisse pas en institut ».

Par ailleurs, un mandat de dépôt a été prononcé contre Rosa Maria Da Cruz, qui a également été condamnée à un suivi socio-judiciaire de cinq ans, avec injonction de soins.

Le parquet a fait savoir que Mme Da Cuz sera incarcérée dès dimanche soir à la maison d’arrêt de Limoges. Le président de la cour a précisé que la peine était « aménageable » et qu’elle pourrait solliciter le juge d’application des peines en vue d’un aménagement de peine. Elle devra aller en détention puis demander une libération conditionnelle auprès de ce dernier, éventuellement assortis d’un bracelet électronique.

L’avocate de Mme Da Cruz, Me Chrystèle Chassagne-Delpech, a annoncé qu’elle ne fera pas appel de sa condamnation. Mais l’avocat général a toujours cette possibilité.

Audrey JEAN, Juriste

Mary-camille FAVAREL, Juriste

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Crédit illustration : Georges GOBERT / AFP

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